La fin du séjour à Guernesey a été riche en émotions (météorologiques, et variées) mais pauvre en photographies...
Dimanche 12 juin.
Ça devait arriver, il pleut. Mais alors il pleut bien bien, hein. La preuve, on ne voit plus les îles. Et le coup de vent annoncé est bien là. On devine les vagues qui déferlent à la sortie du port. Et dès que la marée monte par dessus le seuil, on fait plus que les deviner, puisque la houle rentre avec force jusqu'au fond de la marina. Le petit bateau est secoué dans tous les sens, et tire sur ses amarres comme un cheval rétif. On cassera deux gardes coup sur coup, et on passe un moment assez misérable coincés par la pluie dans le bateau qui roule et tangue. Quand les amarres se tendent d'un coup, ça fait comme un grand coup de frein, tout le gréement craque, et on se sent comme des balles de flipper... Heureusement que le pont tout neuf est bien étanche! Et encore, on est au fond du port, les plus abrités. Sur les pontons d'attente à l'extérieur de la marina, ça ne doit pas être rigolo du tout.
On se réfugie au pub pour le déjeuner. Un "fish & chips" et une pinte de Guinness nous redonnent un peu de goût à la vie guernesiaise. Une partie de l'équipage profite de la technologie moderne (oui, il y a un accès wifi gratuit à la marina de Guernesey), l'autre partie commence quand même à trouver le temps long. On retrouve le calme avec la marée descendante, et la pluie s'arrête dans la soirée. On en profite pour retourner au Yacht Club, où on est accueilli avec une chaleur bienvenue (et une bière fraiche) par l'Association des Plaisanciers du Légué, qui fête comme tous les ans son jumelage avec le RCIYC. On ressort plutôt content, et avec un rendez-vous à la Fête du Chant Marin à Paimpol en août.
Lundi 13 juin.
Heureusement, la nuit est plus calme, et on se repose. On quitte le port dès l'ouverture vers 15h, avec dans l'idée de rentrer directement sur Granville. Bon, ben on y est arrivé, mais c'est une mauvaise idée, il ne faut pas faire ça. Quand on a du vent (au début), on a le courant contraire. Et quand le courant devient favorable (sur la fin), le vent est tombé complètement. La sagesse des anciens le dit bien : il faut partir avec le jusant, profiter des courants favorables jusqu'à Jersey, passer quelques heures à Saint-Hélier, et repartir avec le flot pour Granville. On aurait dû faire ça, ça nous aurait fait une navigation sans doute plus enrichissante que celle-là, pendant laquelle on a fait pas mal de bruit.
Et je savais déjà que faire de la voile sous la pluie et sans vent, ça n'était pas très drôle, mais je ne connaissais pas le petit raffinement particulier qui est de faire de la voile sous la pluie, sans vent et de nuit. Surtout que la pluie nous cueille entre les Minquiers et Chausey, nous supprimant d'un coup tout repère visuel (plus de phares, plus de balises), et nous empêchant de repérer les bouées de casiers qui sont partout dans ce coin-là. On en voit passer quelques-unes à ras de la coque, et on espère très très fort qu'on ne va pas se ramasser un bout dans l'hélice. Bizarrement, je ne me sens pas fatiguée.
On est quand même récompensé par une arrivée sur Granville avec les premières lueurs du jour, et la pluie qui s'arrête. On ramène les voiles sous la tourelle du Loup, sur une mer de mercure, après avoir vu sortir du port une vingtaine de chalutiers partant en pêche. Ponton, amarres, banette. Bizarrement, je n'aurai aucun mal à m'endormir...
2 commentaires:
On a vraiment l'impression d'être à bord en te lisant ;)
Merci Paul de passer même sur les messages sans photos! Il fallait quand même que je termine ce récit..
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