Grandes marées ce week-end, les plus grandes de l'année, les plus grandes depuis pas mal de temps même. Alors quand on est dans le coin des "plus grandes marées d'Europe", ça ne se rate pas. Trois jours dans les îles, le bonheur. Surtout que Météo-France annonce des conditions "idéales pour la marée". Ça veut dire soleil, et hautes pressions. L'air va appuyer sur la mer, en gros. Donc ça va monter moins haut à la marée haute, mais à la marée basse, ça va descendre plus bas que prévu.

On prend donc la mer samedi matin plein d'anticipation. Et là, entre la côte et les îles, on change imperceptiblement d'espace-temps. Déjà, on passe à un autre rythme horaire, celui de la marée. Apéro à "marée basse moins 3h30", déjeuner à "marée basse moins 3h", préparation du matériel à "marée basse moins 2h15", arrivée sur zone de pêche à "marée basse moins 2h". Et le paysage, ici, se révèle à la verticale. Lundi 22, on attend plus de 14m de différence entre la marée haute et la marée basse. En presque 7h30, l'archipel se vide, les montagnes apparaissent, on ne voit plus la mer. En théorie, on devait avoir 0,14m au dessus du zéro des cartes à la basse mer (ou, comme on dit ici, "1,5 au bas", parce qu'ici on compte en décimètre). Et avec les 20cm de décote liée aux hautes pressions, ça descend vraiment, vraiment bas. Voir le fond de la mer sous le zéro des cartes, pour un marin, ça fait tout drôle... On va voir des cailloux qui ne reçoivent pas souvent le soleil. On va voir des bancs de sables qui ne sont pas souvent accessibles, et sous le sable, sous les cailloux, le trésor : praires, ormeaux ou coquilles Saint Jacques... La nature est généreuse, pourvu qu'on la traite avec respect.

Ci dessus marée haute, ci-dessous 1h30 après la basse mer.

Donc, on pêche. On avance sur le sable au fur et à mesure qu'il se découvre, on tape du plat du râteau, en guettant le petit jet d'eau qui indique la praire. Et on relève la tête périodiquement pour voir où en est la mer, ça baisse vite, très vite. Les paysages sous le soleil sont spectaculaires. Bien sûr, pour une occasion pareille, il y a du monde, mais ça s'organise calmement. La mer s'en va, loin. Tiens, il y a un caillou ici, on ne le savait pas. Tiens, il y a une plage là, on ne l'avait jamais vue. Tiens, c'est l'heure de la basse mer, et de mémoire d'îliens, on a rarement vu descendre aussi bas...



Maintenant, on guette la petite écume qui annonce que la mer repart dans l'autre sens. Et là, pas de temps à perdre. Si tout s'est vidé en 7h, tout va se remplir en 5h. 14 mètres de hauteur d'eau en 5h, je ne sais pas si vous imaginez bien. Ça monte littéralement à vue d'œil. Le moindre ruet devient un torrent furieux, les courants qui se créent autour des cailloux sont impressionnants, on croirait qu'un monstre marin secoue ses nageoires sous la surface.

Ci dessus, marée basse tout pile. Ci-dessous, même pas une heure plus tard...

En regardant l'eau monter, on compte et on jauge nos prises. Si il y en a trop, si elles sont trop petites, on remet à l'eau, ça sera pour l'année prochaine. Marée basse plus une heure, il est temps de rentrer.
Le diner, ça sera praires au naturel. Juste ouvertes en deux, pain beurre vin blanc, si vous connaissez quelque chose de plus frais, faites signe, je viens. On mange la mer. Elle est bien bonne.
Et demain matin, l'heure du lever? Facile : marée haute, tout pile.

2 commentaires:
Tes photos sont splendides!
et elles donnent vraiment envie de faire un petit tour sur la plage!
magnifique reportage !!!
nous y serons pour les vac de Pâques :)))
bravo, Jérôme
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