dimanche 1 mars 2015

Départ - Saut Tampok

On recupère une partie des autres participants le lendemain, et c'est une journée encore assez tranquille. Les logisticiens font l'inventaire du matériel et de la nourriture. Les courses ont été faites à Cayenne et Kourou et acheminées par frêt aérien. Tout est stocké dans des touques (gros bidons étanches) et il faut vérifier qu'on a bien tout ce qu'il faut et que les touques sont à peu près clairement identifiées, car on en a des quantités... Même nos propres affaires ont été transférées dans des touques. C'est ce qu'il y a de plus sûr pour la pirogue : si il pleut (ce qui est probable) ou si la pirogue se renverse (ce qui ne va pas arriver, hein?), la touque est étanche, et flotte.


Le matin du départ seulement, les pirogues - et les piroguiers - arrivent. Il n'y a que deux pirogues, une grande et une petite, et quand on a trimaballé toutes les touques sur le bord du fleuve je me demande un peu comment ça va tout loger... Sans compter qu'il faut prendre les bidons d'essence, les téléphones satellites dans leurs énormes valises, les filets pour la pêche... Mais on voit que les amérindiens ont de l'entrainement : petit à petit, tout se cale. Incroyablement, il y aura même de la place pour qu'on arrive tous à monter à bord et trouver un (petit) coin pour s'asseoir.



Et on est parti! Ca commence tranquillement et plutôt agréablement puisqu'il fait beau. Je suis à l'avant dans la grande pirogue. Avec la vitesse et les "embruns", on n'a en fait pas trop chaud, mais il faut quand même bien se protéger, parce que le soleil cogne dur.


Ca c'est la petite pirogue, qui semble vraiment bien remplie (et en fait, ça n'est pas une impression). En plus, elle prend l'eau. Le motoriste (le piroguier à l'arrière, qui est le propriétaire de la pirogue en l'occurrence) passera son temps à écoper pendant tout le voyage... Mais on la ramènera à bon port.



Au début le fleuve est très large, avec des arbres parfois impressionnants, et beaucoup de fleurs qui sentent très bon. C'est très beau. On voit beaucoup d'oiseaux (que je n'ai pas pu prendre en photos).



Les choses se gâtent un peu en milieu de journée, mais c'était prévu. On arrive à un saut. Un saut, c'est un genre de grande cascade, avec des rochers et des ilots, qui peut s'étendre sur des centaines de mètres, parfois même des kilomètres. Franchir un saut, c'est toute une affaire. Selon le niveau de l'eau, on peut passer à certains endroits et pas à d'autres. Quand il n'y a pas assez d'eau, il est impossible de faire passer la pirogue au dessus des rochers. Quand il y a trop d'eau, le courant est trop fort pour avancer... J'ai lu et entendu des histoires angoissantes sur le passage des sauts en pirogue et on m'a dit que notre premier saut allait être assez costaud, donc j'attendais ce moment avec un peu d'appréhension.

Notre premier saut, donc, c'est Saut Tampok (au dessus du repère vert sur la carte. Si vous zoomez sur la carte vous pouvez voir que c'est un peu complexe comme géographie. Truc : en cliquant à gauche sur "ma sélection de données" vous pouvez supprimer la couche Carte IGN pour juste avoir la photographie aérienne). On arrive en bas du saut, et on s'arrête. Les piroguiers descendent et vont à pied pour repérer les endroits de passage possible. Ils échangent entre eux en wayana, mais les bras pointés vers un endroit particulier laissent peu de doute sur le résultat des palabres : ça sera par là.



Sur un grand saut comme ça, impossible de passer au moteur. Si on veut passer la pirogue (et on veut!), il va falloir l'aider. On nous fait descendre. On a de l'eau jusqu'aux genoux, au mieux, parfois jusqu'aux cuisses et entre les rochers invisibles au fond et le courant, je ne suis vraiment pas dans mon élément. Après, on sort les cordes, et on tire, on pousse, en rythme. J'ai presque envie de chanter une chanson à déhaler, mais ça me semble un peu incongru. C'est épuisant.

Sur la première partie du saut, j'arrive à participer un peu à l'effort collectif, mais quand j'arrive à avoir de l'eau jusqu'à la taille, impossible de garder mon équilibre, et c'est la pirogue qui me tire plus que moi qui la pousse. Sur la deuxième partie du saut, les piroguiers demandent aux moins expérimentés (dont moi, donc) de remonter dans la pirogue. Je me sens un peu mal de me laisser pousser sans rien faire, mais je me dis que c'est encore là que je dérange le moins. Si je repars en arrière avec le courant, ça ne va pas beaucoup faire avancer les choses... Il nous faut pas loin de deux heures pour passer le saut. Bien entendu, il se met à pleuvoir au milieu de l'opération... On repart donc trempé de haut en bas. Et il a beau faire pas loin de 30°C, j'ai froid.




On arrive à notre premier lieu de bivouac. J'avais pas mal d'interrogations sur comment allait se passer les nuits pendant la remontée du fleuve. En cette saison on ne peut pas s'arrêter n'importe où. L'eau est très haute et on passe tout de suite de la rivière à la forêt, qui est globalement assez impénétrable. Les lieux propices pour passer la nuit sont connus des amérindiens (et probablement des orpailleurs) et sont souvent situés sur une petite ile au milieu du fleuve, un peu en dessous de Saut Dalles (voir la carte). Et en fait, c'est un hotel! Bon, disons un camping, mais il y a un carbet tout prêt! Et il doit être récent, parce qu'il est bien solide. La méthode de construction est d'une simplicité et d'une efficacité déconcertante. Des branches d'arbres, certaines droites et d'autres avec une fourche en V à une extrémité, plantée dans le sol et se supportant mutuellement. Pas un clou ni une corde, mais ça tient. Impressionnant. On mettra juste une bâche au dessus, et on tend les hamacs entre les poutres principales (entre la droite et la gauche sur la photo, donc). Le plus technique est de bien tendre la bâche, parce qu'il va encore pleuvoir pendant la nuit, et il faut éviter que des poches d'eau se forment.


Ça donc, c'est la chambre. La cuisine est montée juste en tendant une bâche à l'aide d'un cordage. On a une plaque de cuisson avec une bouteille de gaz et des sièges. Pour la douche, le fleuve est là (pour les autres nécessités hygiéniques aussi, mais il faut bien se mettre en aval pour que le courant emmène tout ce qu'il doit emmener ailleurs que là où on prend l'eau pour la cuisine). Bref, c'est le grand luxe! Il faut quand même être prêt à une certaine promiscuité, et oublier un peu sa pudeur. La nuit aide, et le fait qu'on soit tous dans la même galère aussi.


Ce n'est pas la première fois que je dors en hamac dans la forêt, mais c'est quand même la première fois dans des conditions aussi "rustiques". Mais j'ai hérité d'un super hamac en coton épais (merci Hydréco) avec une belle moustiquaire (mais en fait, on n'a pas eu trop de moustiques...) et j'arrive à trouver une position assez confortable. Je dors super bien, avec quelques petits réveils pendant la nuit et au petit matin. On entend les oiseaux, et surtout les singes hurleurs, qui font un bruit entre un ventilateur géant et une autoroute un jour de grand départ. C'est vraiment un bruit unique et précieux. Je ne donnerais ma place pour rien au monde. 

1 commentaire:

paulkerrien a dit…

vraiment pas "de tout repos" la balade.... mais, finalement, sûrement intéressante à vivre ;) merci de partager cette "croisière fluviale"