vendredi 27 février 2015

Maripasoula

J'ai la chance de faire un très chouette boulot, pas routinier, avec des collègues humains et compétents, et j'ai plaisir à me lever le matin pour aller travailler. Et parfois, ce boulot me permet de quitter le bureau et d'aller, comme on dit, "sur le terrain". Le plus souvent, c'est du côté de la Baie du Mont Saint Michel (et en hiver), et parfois c'est un peu plus loin. Et cette fois, j'ai tiré le gros lot, puisque j'ai la chance de faire partie d'une mission en Guyane, et dans des endroits qui ne sont pas accessibles à tout le monde. Je vais aller participer à une campagne de pêche scientifique (inventaire et prélèvements de tissus sur un grand nombre d'espèces de poissons), pas mal en amont sur un affluent du Maroni (le fleuve qui fait la frontière entre la Guyane et le Surinam). Plus précisément, voir sur la carte ici : notre but ultime, c'est Sauts Pierkourou (repère rouge, dézoomer la carte si nécessaire, je vous met le lien vers Geoportail parce que la carte est vraiment hyper précise). Le tout se fait dans le cadre d'un programme sur la gestion des ressources halieutiques piloté par le Parc Amazonien de Guyane (voir et par exemple). C'est un endroit qui n'est accessible qu'après plusieurs jours de pirogue, et préférentiellement en saison des pluies quand il y a suffisamment d'eau pour remonter aussi haut. On va donc partir en autonomie sur le fleuve et en forêt, avec des agents du Parc, des piroguiers amérindiens - qui sont ici chez eux - et le soutien logistique (entre autre) du bureau d'étude Hydreco. 14 personnes en tout sur deux pirogues pendant 10 jours! L'aventure.

L'aventure commence doucement. Avec un collègue, nous avons d'abord rejoint Cayenne en avion, et après une nuit pour essayer de nous remettre du décalage horaire et thermique (ça a moyennement marché), nous prenons l'avion pour Maripasoula. L'avion pour Maripasoula, c'est ce petit machin-là (23 places). Moi qui n'aime pas trop l'avion, j'ai été servie. Heureusement, le trajet a été plutôt tranquille, et avec une jolie vue sur la forêt!


On rejoint notre QG local, où tous les participants vont se retrouver. C'est "Le Terminus", un endroit assez magique, plein d'arbres et de fleurs au bord du fleuve. Il y a des bungalows bien équipés et des carbets (structures ouvertes, avec un toit) où on peut accrocher son hamac. On peut manger et prendre le petit déjeuner dans un carbet collectif. On arrive avec le soleil du soir et c'est un peu le paradis cet endroit...







On va rester 2 nuits ici, le gros des troupes arrivera demain, pour l'instant on est juste avec une collègue du Parc qui nous fait découvrir un peu la ville.

Maripasoula, c'est la plus grande commune française (en superficie) mais il y a quelques milliers de personnes qui y habitent. Il fait très, très chaud. Ça ressemble... A rien de ce que je connais, en fait. Peut-être un peu au Burkina-Faso, pour la couleur rouge des routes et la chaleur... Mais tout à coup, un panneau de La Poste, ou l'antenne locale de Pole Emploi... Ca m'avait fait ça la dernière fois que j'étais venue en Guyane : c'est totalement dépaysant mais on y retrouve certains repères familiers, qui en fait semblent se dérober devant nous parce qu'on croit connaitre mais on ne connait pas. C'est totalement déroutant.




Maripasoula, c'est des maisons éparpillées le long du Maroni. Un peu à gauche (quand on regarde depuis le fleuve), la gendarmerie, pas mal à droite, la Légion. Au milieu, le dégrad, c'est à dire l'endroit où on met les bateaux à l'eau, le port quoi. Depuis le dégrad, un ballet continu de pirogues qui traversent le fleuve pour aller "en face" (et en revenir).




En face, c'est le Surinam. En face de Maripasoula, le Surinam, c'est un alignement de grands hangars serrés les uns contre les autres. La moité, ce sont des chinois, qui tiennent des grands supermarchés où on trouve de tout (ce n'est pas une image) bien moins cher que côté Guyane, l'autre moitié, des restaurants brésiliens où on mange (très bien) au poids : on remplit son assiette au buffet et on pèse. Bref, tu traverses le fleuve et tu visites 4 pays. Surréaliste.

Il ne faut pas se faire d'illusion, l'équilibre de cette économie se fait aussi (surtout?) grâce, ou à cause, des orpailleurs clandestins. Ils sont partout, côté Surinam mais aussi côté Guyane. Depuis l'avion on a pu voir les saignées dans la forêt, à quelques dizaines de kilomètres à peine de la ville... Ça fait bizarre. L'orpaillage pose des problèmes de sécurité, d'environnement (la forêt détruite...) et de santé publique du fait de la pollution des rivières par le mercure. Les poissons accumulent le mercure et les habitants mangent les poissons. C'est un problème sérieux. Je ne suis pas sûre que la France mette les bons moyens pour lutter contre les orpailleurs illégaux (mais la forêt est vaste... C'est sur que c'est compliqué).




2 commentaires:

paulkerrien a dit…

dépaysant, effectivement. La lumière est vraiment intéressante sur certaines photos au ciel magnifique.

Jo. a dit…

Comme toujours de très belles et pertinentes images dans ta caméra , avec cette fois sous une T° de l'autre "extrême" (Ces fleurs, les pirogues,les routes de latérite rouge les couchers de soleil sur le fleuve me rappellent de beaux souvenirs d'enfence !)et ... bonne fin mission !