Nous revoilà donc à Anakena. Voilà une vue en situation, depuis le bord de la cocoteraie (il ne faut pas rester sous les cocotiers, particulièrement quand il y a autant de vent qu'aujourd'hui. Un coup de noix de coco sur la tête est un des plus grands dangers de la Polynésie!).

Comme je l'ai dit hier, c'est une des rares plages de sable de l'île (avec la plage d'Ovahe, juste à côté). Dans la mythologie Rapa Nui, c'est l'endroit où Hotu Matu'a, le fondateur de la civilisation, a touché terre après avoir parcouru plus de 2000km par la mer depuis la Polynésie (les Gambiers peut-être, ou les Marquises). Cet endroit a donc toujours été important pour les habitants, et a gardé son importance aussi lors du passage au culte de l'Homme-Oiseau. Il y a deux Ahu ici, l'Ahu Nau Nau avec sept statues et l'Ahu Ature Huki (tout à droite) avec une statue. En fait il y a aussi une troisième plate-forme, sur la gauche, mais elle est sans statue et difficile à voir.
Cette image n'est pas étirée, le Moai de l'Ahu Ature Huki a vraiment une silhouette différente des autres, plus large, plus trapue. Peut-être parce que les statues, représentant des ancêtres différents, devaient ne pas toutes être identiques, mais très certainement surtout parce qu'elles ont été taillées à des époques différentes, et qu'il y a eu des évolutions dans l'art. Cette statue est donc certainement très ancienne, et en plus elle a beaucoup souffert des éléments (l'une des revendications des Rapa Nui est que l'administration chilienne ne s'occupe pas assez de la conservation des statues, et particulièrement celle-ci).

Cette statue a une histoire : ce fut la première de l'île a être redressée, dans les années 50, par une équipe menée par Thor Hayerdahl. Vous vous souvenez, c'est lui qui avait élaboré une théorie sur l'origine sud-américaine des habitants de l'île. Il n'a pas fait que théoriser lorsqu'il a visité, il a aussi beaucoup agi pour tester ces théories, et ici il a voulu tester une méthode de redressement des statues, en glissant petit à petit des pierres par en-dessous. Ca a à peu près marché, mais est-ce que ça prouve que c'était la méthode utilisée à l'époque, pas sûr. J'ai trouvé ces photos extraites du livre "Aku-Aku" que Thor Heyerdahl a écrit sur son voyage (cliquer pour voir en plus grand).
Il faut reconnaitre à Thor Heyerdahl, malgré ses théories parfois un peu bizarres, d'avoir fait largement connaitre l'ile et la richesse de son histoire. Un de ses compagnons, William Mulloy, est ensuite revenu et a participé à lancer une grande campagne d'inventaire archéologique et de restauration (il a fait beaucoup par exemple dans la restauration et la conservation du site d'Orongo). Et à son tour, Mulloy a passé le flambeau à Sergio Rapu, archéologue et anthropologue originaire de l'île (il était temps) dans les années 1970. C'est sous l'impulsion de Rapu que l'Ahu Nau Nau a été restauré en 1978.


Les statues ont été très bien conservées car elles étaient largement enfouies dans le sable, ce qui a préservé les détails des sculptures.


En particulier, on voit vraiment très bien les ornementations sur le dos des statues. Des signes qui représentent toujours le soleil, l'arc-en-ciel, la pluie, la fertilité, la fécondité. Les numéros qu'on peut voir sur certaines statues ou certains pukao sont liés à un inventaire archéologique (celui de Mulloy justement il me semble).


Sur le mur extérieur de la plate-forme, on peut voir deux choses. D'une part, l'une des pierres de construction est la tête, très abimée, d'une statue plus ancienne. L'utilisation de statues anciennes pour rénover les plates-formes au cours des siècles est quelque chose qu'on rencontre assez souvent sur l'île (ça fait bien partie de l'histoire des plates-formes, ce n'est pas un artifice de la restauration récente). Et aussi, regardez ben sous la statue de gauche, vous voyez?

De plus près : l'une des pierres est ornée de la silhouette d'un homme-lézard (Tangata moko). Cette créature chimérique est souvent trouvée plutôt sous la forme de statuette, ressemblant à un lézard sur le dos mais possédant des membres humains sur la partie ventrale. On pense que ces sculptures étaient plantées devant les maisons pour la protection contre les mauvais esprits, mais comme pour beaucoup de choses ici, on n'est pas sûr.

Le site est vraiment magnifique; la plage est déserte et la mer est bleue, ça donnerait presque envie de se baigner, si il ne faisait pas si froid et si il y avait moins de vent (même si cette côte est plus protégée qu'au sud. Le vent de sud arrive directement de l'Antarctique sans rien pour l'arrêter jusqu'ici, et il n'est vraiment pas chaud).


On repart ensuite le long de la côte, jusqu'à ce qu'on arrive à l'Ahu Te Pito Kura.

Historiquement, le moai sur cette plate-forme est sans doute le dernier à avoir été renversé, puisque c'est le dernier à avoir été décrit debout (par le français Abel Du Petit-Touars en 1838). Avec ses 10m de haut (et 70 tonnes estimées) c'est aussi le plus grand moai à avoir été transporté avec succès et élevé sur une plate-forme. Enfin, c'est un des rares moai dont le nom (Paro) a été conservé par la tradition orale jusqu'à aujourd'hui.

Un peu plus bas sur la côte, on trouve une enceinte en pierre qui encercle une grande pierre ronde et 4 plus petites disposées autour comme des sièges. La grosse pierre ronde, pierre volcanique comme toutes les pierres de l'île, est particulièrement chargée en fer. Elle emmagasine donc la chaleur du soleil et affole les boussoles. Dans la mythologie de l'île, certains pensent que le roi Hotu Matu'a est arrivé sur l'île en portant cette pierre qui serait porteuse du mana (cette fameuse force de vie, ou pouvoir spirituel donné par les divinités). Aujourd'hui encore, des gens viennent s'asseoir autour de la pierre et y apposent leur main pour en ressentir l'énergie (ou améliorer la fertilité, bien sûr). Pour une fois, Nelly n'est pas extrêmement convaincue par l'authenticité de la chose (bon, en fait moi non plus). Notons juste que cette pierre ronde évoque aussi un des noms donnée à l'île, "Te Pito O Te Henua" ou "le nombril de la terre", dans le sens de "la matrice, là où la terre est vivante".


2 commentaires:
Les moais à chapeau sont terribles !
On peut les toucher, ou bien sont-ils protégés ?
Je ne vois pas de barrière.
Bonjour Michel,
Il n'y a pas de barrières mais des panneaux un peu partout qui interdisent de monter sur les plates-formes et de toucher les statues. A la période où on y était, avec l'absence des gardes des sites, il fallait donc juste faire le pari de la bonne volonté et de l'intelligence des gens, l'expérience prouve que ça n'est pas toujours un pari gagnant! Les personnes faisant les visites guidées à des groupes (Nelly dans notre cas par exemple) faisaient aussi un peu la "police" envers les autres visiteurs.
Sans compter les chevaux qui ne lisent pas les panneaux... A la carrière de Rano Raraku an particulier je pense que c'est un plus gros problème que les visiteurs indélicats.
J'en profite pour te remercier de ta fidélité à mon blog et de tous tes commentaires que j'apprécie vraiment!
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