

Et de plus près, toujours aussi spectaculaire. Hier j'ai essayé d'éviter les gens sur les photos (c'était facile en fait, il y a vraiment peu de monde), aujourd'hui j'en ai mis quelques uns, parce que ça donne une idée de la taille des statues (et encore, on ne voit que les têtes la plupart du temps!).

D'ailleurs, à propos des têtes... Malgré les articles à sensations qui sortent de temps en temps sur les sites également à sensation ("des scientifiques ont trouvé un secret choquant sous les têtes de l'Ile de Paques"), on sait depuis bien bien longtemps que ces statues sont complètes. Certaines statues ont été déterrées, dès le début du XXème siècle, puis plus tard par l'inévitable Thor Heyerdahl et ses émules, et encore plus récemment par des équipes chiliennes. Elles ont été recouvertes au cours des années par la terre et l'herbe après avoir été abandonnées et il a été décidé de les laisser comme ça, entre autre parce que ça préserve les sculptures dont elles sont ornées. D'ailleurs, on voit bien que celles qui sont tombées sont entières. Il y a déjà bien assez de mystères ici pour ne pas en faire là où il n'y en a pas! Voilà une photo d'archives (années 70 sans doute vu les tenues vestimentaires):



Un petit escalier escarpé permet d'atteindre un peu plus haut sur le flanc du coteau l'endroit où étaient sculptées les statues, directement dans le corps du volcan. C'est saisissant, parce qu'on croirait que les ouvriers viennent de poser leurs outils et sont partis faire une petite pause... On peut du coup suivre la progression du travail. Un rectangle de pierre, puis les formes grossières, puis taillées plus finement... Sur 3 côtés seulement, car le dos restait initialement attaché au volcan. Puis on taillait sous le dos, de chaque côté, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une sorte de "quille" de bateau, dans laquelle on perçait des trous, pour finalement détacher l'ensemble qui glissait (sans doute) le long de la paroi jusqu'en bas. Là, les artistes finissaient les sculptures et ornementations les plus fines, avant le transport (Nelly nous a raconté plein de choses sur le transport, mais je vous en garde pour plus tard!).

Ci-dessous, le plus grand moai de l'ile, pas fini d'ailleurs. Il fait plus de 20m et a été surnommé "El Gigante" (Le Géant). Je l'ai marqué sur la carte, on le voit sur la version satellite, et on devine à côté les blocs de pierre où ont été taillés d'autres statues.

Un peu plus loin, le sentier tourne autour du volcan et Nelly nous fait découvrir une statue qui ne ressemble vraiment à aucune autre. Contrairement à l'immense majorité des statues, taillées dans le tuf (la pierre du volcan), celle-ci est taillée dans de la scorie rouge (comme les pukao) et elle a une forme et une silhouette vraiment unique. Elle est la seule statue pourvue de jambes, et elle représente un homme agenouillé et qui regarde vers le ciel. Du coup, elle est parfois nommée "Moai astronome". De profil on peut même imaginer une petite barbe sous son menton... Elle a été déterrée ici par les équipes de (tadaaaa) Thor Heyerdahl, et son histoire, vous l'imaginez bien, est mystérieuse! Elle était inconnue de la tradition orale. Nelly nous explique qu'elle pourrait représenter un des maitres-sculpteurs en train de surveiller ses apprentis. Sa présence ne fait qu'ajouter à la liste des interrogations qu'on se pose inévitablement en visitant cet endroit.


Au loin, l'Ahu Tongariki.

Tous les petites lignes/points sombres sont des moai tombés (à part ceux qui sont des arbres ou des chevaux, je vous laisse trier).

J'ai le sentiment que les statues qui restent sur la carrière sont différentes de celles qu'on a vu sur les Ahu, celles de la carrière me semblent plus fines, avec une proportion différente entre la tête et le corps.Vous remarquerez aussi que les emplacements pour les yeux ne sont pas taillés, puisque les yeux n'étaient mis en place qu'une fois les statues hissées sur les Ahu, et c'est à ce moment-là qu'elles s'incarnaient véritablement et devenaient dépositaires du mana.





On repart avec pas mal d'explications, mais aussi toute une collection de pourquoi. Pourquoi tant de statues ici? Où devaient-elles aller? Pourquoi la carrière s'est elle arrêtée? On a l'impression d'une frénésie désespérée de sculpture, jusqu'à un jour où tout s'est interrompu d'un coup.
Nos visites guidées se terminent ici, donc Nelly nous ramène en ville, et comme il reste du temps on décide de reprendre la voiture et de refaire un petit tour, en repassant par les portiers de la barrière Vaiatea, qui avaient l'air de meilleure composition. En effet, on s'arrête devant la barrière, j'ouvre la fenêtre, je fais un grand sourire, la barrière s'ouvre! On reprend la route de la côte (de toute façon, il n'y a pas trop d'autres choix...) jusqu'au site de Papa Vaka.

C'est un site vraiment intéressant où on trouve toute une collection de pétroglyphes. En dehors des statues, l'art et la religion (ou la combinaison des deux) s'est exprimé aussi sur l'île sous forme de nombreux pétroglyphes, plus ou moins bien conservés, ainsi que de peintures rupestres, en particulier dans des grottes côtières, dont beaucoup sont actuellement très dégradées voire même disparues. Ici à Papa Vaka il y a de nombreux pétroglyphes donc, en particulier en rapport avec la mer, la pêche, la navigation. Le site est entouré de barrière pour empêcher la divagation des animaux (quelle bonne idée) et il y a des petits chemins pour les touristes avec des panneaux explicatifs, c'est bien foutu. Par exemple ici vous reconnaissez une pieuvre à droite, et les petits tortillons sont sans doute des hameçons.

Ici un thon en haut, et un requin en bas.

Et le clou du spectacle, je ne sais pas si ça rend super bien en photo, mais on voit deux grandes lignes obliques (entre autre, l'ensemble est très complexe) qui représentent un canoé traditionnel. C'est le plus grand pétroglyphe de l'ile et il a donné son nom au site (Papa = pierre et Vaka = canoé).

On finit la journée par (encore!) un coucher de soleil sur l'Ahu Tahai à Hanga Roa. Un peu plus nuageux que le précédent, mais pas mal quand même!





1 commentaire:
Bonjour Sophie
Je continue doucement la dégustation du reportage...
Il y a partout dans le monde des traces plus ou moins bien conservées de civilisations disparues. Ce qui me frappe ici, c'est la densité des vestiges.
Les moais, mais aussi les pétroglyphes, les pierres sacrées, les constructions... en nombre considérable, et tout cela sur une surface bien réduite !
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