vendredi 12 juin 2015

Rapa Nui, 4ème jour (2) : Tongariki

Notre prochain arrêt est à l'Ahu Tongariki. Je crois qu'il y a encore plus de vent qu'hier, et là on n'est plus du tout à l'abri. La mer est très en colère, et ça ajoute à la beauté du site, qui est déjà très spectaculaire en lui-même. Le clou du site, c'est bien sûr cette magnifique plate-forme avec ses 15 moai alignés (rappel donc, si vous venez visiter dans des conditions sociales plus apaisées, venir là pour le lever du soleil, particulièrement autour des équinoxes).


Les quinzes statues sont toutes différentes, plus ou moins hautes, plus ou moins fines. Nelly nous explique que c'est parce qu'elles représentaient des ancêtres précis, qui eux-même ne se ressemblaient pas, et que les sculpteurs ont voulu donner une "personnalité" à chaque statue. La plate-forme en elle-même fait 220m de long. La statue la plus haute (pukao inclus) fait 14m de haut. Quelques chiffres pour se remettre les pieds sur terre, parce que l'ensemble donne vraiment le vertige.



Ici comme ailleurs les statues ont été renversées avant le XIXème siècle. Mais en plus, en 1960, un important tremblement de terre près des côtes chiliennes a provoqué ici un tsunami massif, qui a dispersé toutes les pierres, y compris les statues, jusqu'à 100m dans les terres. Il sera finalement restauré à la fin des années 1990, sous l'impulsion d'un archéologue chilien, Claudio Cristino, en utilisant les dessins tracés par Katherine Routledge. Cette anglaise a visité l'Ile en 1914 et a collecté le plus d'informations possibles sur ce qu'il restait de mémoire sur l'histoire et les traditions. Les travaux ont duré 5 ans, et ont été possibles grâce à des fonds du gouvernement japonais (eh oui) et d'une entreprise privée japonaise également, qui a prêté une grue indispensable pour le relèvement des statues.


En préalable, une statue de moai a été "prêtée" au gouvernement japonais, pour être montré dans des expositions. Le moai est ensuite revenu sur le site de Tongariki, et y a gagné le surnom de "moai voyageur". Il est aujourd'hui caché sous un échafaudage et des bâches pour des travaux de restauration. Nelly est très remontée, car si le Japon a été capable de montrer un moai de façon respectueuses à ses habitants, en levant ainsi des fonds pour la restauration d'un site, pourquoi diable le gouvernement chilien n'en fait-il pas autant? Cette question d'argent est vraiment au cœur des revendications des Rapa Nui, qui reprochent au gouvernement chilien d'utiliser tout l'argent gagné par les droits d'entrée dans le parc pour tout autre chose que l'entretien des statues et la gestion du parc. Je n'ai bien sûr pas vu les livres de compte, mais bon, on peut penser qu'il y a sans doute un fond de vrai là-dedans. Et de toute façon, il est évident que les Rapa Nui se sentent dépossédés de leur histoire et de leur héritage.


On peut faire le tour de la plate-forme, et le gigantisme des statues est encore plus impressionnant vu de l'arrière. Les dos massifs, surtout, dégagent une impression de force, d'immuabilité.




Lors des travaux de restauration, en plus des 15 statues (en plus ou moins bon état), des restes de 17 autres moai ont été trouvés. Comme on l'a vu à Anakena, ces restes de statues plus anciennes étaient utilisées comme pierres de fondation. Certaines ont été replacées debout à l'arrière de la plate-forme (par exemple ici, des têtes, très abimées).





Et juste pour finir, deux vues d'ensemble, prise en fait un peu plus tard dans la journée, depuis le sentier de la carrière de Rano Raraku.



1 commentaire:

Michel Hugues a dit…

Je me répète : super reportage !
La 5ème photo m'a tout de suite fait penser à une équipe de rugby pendant les hymnes (on a les références qu'on peut... )