mercredi 10 juin 2015

Rapa Nui, 2ème jour (3) : Hanga Roa

Après cette première série de visites courte mais bien dense, Nelly nous dépose en ville en début d'après-midi. Comme on n'a toujours pas mangé, elle nous conseille d'aller manger un empanada chez sa grand-mère qui tient un restaurant dans la rue principale, Tia Berta ("Tante Berta"). Les empanadas sont des petits chaussons fourrés avec de la viande, du thon, du fromage, des légumes (un peu comme les cornish pasties). C'est la nourriture de base ici pour le voyageur au budget serré et au temps limité. Nelly nous explique que sa grand-mère (Berta, c'est elle) a révolutionné la tradition de l'empanada en mélangeant pour la première fois du thon et du fromage et que tous les autres restaurants ont suivi. Je ne sais pas trop quel crédit accorder à cette anecdote historique, et je suis a priori un peu sceptique sur l'association thon-fromages, mais on est là pour faire des expériences, donc on a testé, et il faut reconnaitre que ça n'est pas mauvais du tout, en plus la pâte est bonne et les chaussons fraichement cuits, une petite bière là-dessus et la vie est belle. On va ensuite se promener un peu en ville. Même en ville il y a des chevaux en liberté (noter la décoration inspirée des représentations du culte de l'Homme-Oiseau, ici une évocation de la sterne).


On rentre à la pension par le sentier côtier. On tombe sur une série de sculptures récentes mais également inspirées des pétroglypes traditionnels, ici par exemple makemake.


Et là l'Homme-Oiseau en train de euh, fêter sa victoire? Il y a une partie un peu trouble de la tradition qui implique des jeunes filles vierges gardées dans des grottes pendant des mois (pour qu'elles aient le teint pâle) et qui étaient "offertes" au gagnant annuel...


Ce moai aussi est récent, mais c'est une réplique assez exacte d'un moai qui a été trouvé à Orongo par les colons britanniques, qui se sont empressés d'aller le mettre à l'abri au British Museum en 1868 (il me semble que c'est actuellement le seul moai visible en dehors de l'île). Il est intéressant car il est gravé de pétroglyphes associés à l'Homme-Oiseau et montre que la transition de l'une à l'autre des traditions religieuses ne s'est pas faite d'un coup, les moais ont sans doute conservé une importance, au moins dans certains cas. A l'époque où les britanniques l'ont chapardé, ils ont appris des locaux qu'il s'appelait "Hoa Hakananai'a", ce qui peut se traduire de plusieurs façons, soit "celui qui surfe sur les vagues" ou "celui qui dompte les vagues" mais aussi "ami perdu" voire "ami volé". A mon avis, les Rapa Nui de l'époque n'étaient pas dupes sur le devenir de leur pauvre statue quand ils ont donné son nom aux anglais.

Sur une photo à Orongo, Nelly nous a donné son interprétation des pétroglyphes. De chaque côté de la tête (et on devine aussi un peu sur l'oreille droite, donc à gauche sur la photo) on voit des formes de pagaies, symbole de la puissance masculine (dans tous les sens du terme "puissance"). En haut au milieu, et sur l'oreille gauche (ici à droite donc), des représentations du sexe féminin.  Au milieu de la tête, la sterne (qui pondait l'oeuf que se disputaient les chefs). En dessous sur les épaules, deux formes d'Homme-Oiseau. Vers le bas, une représentation du soleil, d'un arc-en-ciel, et la forme de Y tout en bas pourrait encore être une représentation de la fertilité (ou de la pluie, mais en fait c'est pareil, pluie, soleil, récoltes, fertilité, fécondité, tout ça est lié). Ces trois derniers symboles étaient probablement sur le moai à l'origine car de nombreux moais portent ce genre de gravure, et les pétroglyphes de l'Homme-Oiseau aurait été rajoutés après.


En continuant le sentier côtier on passe près du cimetière d'Hanga Roa.


Puis nous revoilà à l'Ahu Tahai où nous étions hier.


La plate-forme a été restaurée de belle façon, ainsi que juste en dessous un petit quai (pour petits bateaux, parce que c'est drôlement mal pavé à l'approche de la côte dans ce coin-là, sans compter les vagues, voire les rouleaux, omniprésents).



 De près on voit bien aussi les endroits où les statues ont été restaurées et recollées.


Il y a aussi des habitations type "maison-bateau", certaines restaurées comme ici, d'autres juste marquées par une bordure en pierre sur le sol.


Petit temps de repos et on revient au même endroit un peu plus tard car c'est le top spot pour voir le coucher du soleil. D'ailleurs on n'est pas tout seul, outre les chevaux (et les chiens, sauvages aussi, mais en général pas méchants) il y a pas mal de monde mais il y a de la place donc on ne se bouscule pas.










Et voilà pourquoi c'est le bon endroit pour les couchers de soleil!



Le gros bateau gris c'est un bateau de la Marine, je n'ai pas trop réussi à savoir si il était là par hasard ou pour surveiller de pas trop loin les velléités des autonomistes.



Normalement demain on doit avoir une deuxième journée de visite, qui aurait dû même être la première car c'est celle qui va nous emmener sur les sites les plus connus. Mais Nelly nous dit qu'on va reporter à plus tard car elle dit qu'il ne va pas faire beau (pour être honnête, elle a l'air un peu moyennement motivée par son activité de guide, même si elle nous a appris beaucoup de choses). Du coup, on décide de louer une voiture pour visiter par nous-même. Nous sommes à la pension avec un autre couple venu de Tahiti, qui fera de même. Pour ce soir, Tita nous a prévu une surprise : plutôt que de nous faire à manger, elle nous invite au restaurant, chez sa mère Berta qui fait des supers bons empanadas! Bref, deux fois dans la journée. Heureusement qu'ils sont bons, mais je crois qu'on a bien contribué au bien-être de la famille aujourd'hui. On passe une soirée sympa avec les autres clients (ce couple de Tahiti, et une québécoise qui est là depuis quelques jours déjà et fait le voyage dont elle a rêvé toute sa vie). On rentre à pied sous les averses! Elle avait peut-être raison Nelly?

1 commentaire:

Michel Hugues a dit…

L'intérêt ne faiblit pas !
Les sculptures récentes montrent bien l'enracinement de la culture locale chez les autochtones contemporains ...