jeudi 11 juin 2015

Rapa Nui, 3ème jour (1)

Donc ce matin, il ne doit pas faire beau. On ne s'en rend pas bien compte alors qu'on prend le sentier côtier pour aller au centre ville chercher notre voiture de location. Il y a bien quelques nuages mais on voit le ciel bleu! Par contre, il y a pas mal de vent. C'est l'hiver ici, et on le sent bien plus qu'à Tahiti. Il fait entre 17 et 20°C, pendant le séjour on aura beaucoup de vent, un peu de pluie quand même, bref temps idéal pour des habitués des côtes de la Manche. Les statues de l'Ahu Tahai commencent à devenir des silhouettes familières, mais je n'en suis pas encore lassée (j'espère que vous non plus) et on ne les avait pas encore vues avec le soleil de face.


J'aime vraiment beaucoup cette statue marquée par les années, je trouve qu'elle a beaucoup de prestance et elle est émouvante. Les statues s'abiment sous l'effet du climat, il y a des efforts de conservation (protection par des produits...) entrepris par le gouvernement chilien, pas assez selon les locaux en colère. C'est un des points de revendication des manifestations actuelles : le gouvernement chilien, via le Parc, percevrait des revenus importants (droit d'entrée des touristes) mais ne ré-injecterait que partiellement ces sommes dans la conservation et la protection des sites.


Avec cette lumière on voit particulièrement bien, sur la 2ème statue en partant de la droite, l'emplacement pour les yeux. Les statues étaient taillées et transportées sans leurs yeux. Ce n'est qu'une fois la statue dressée sur son Ahu que les emplacements pour les yeux étaient taillés et les yeux ajoutés. La statue "prenait vie" alors. Il est à peu près admis que les statues représentent les ancêtres, les grands guerriers disparus qui veillaient sur leurs clans. Une fois pourvues d'yeux, les statues devenaient investies du "mana", la force de vie,  la puissance physique et spirituelle qui protégeait le clan. Le mana est un concept important, mais interprété de façon assez variée, de forte volonté morale (du style "when there's a will there's a way") à vraie puissance surnaturelle permettant à des hommes de déplacer des montagnes (ou, ici, des statues).



On repasse aussi devant le cimetière d'Hanga Roa, où les sépultures sont décorées avec un intéressant mélange de symboliques chrétiennes et représentations traditionnelles.



Ensuite c'est à nouveau le petit port du centre ville (oui, il y a vraiment des statues partout, ici l'Ahu Tautira, dont la statue a été en fait ramené d'un site plus dans les terres).


Il fait donc plutôt beau ce matin mais il y a quand même quelques signes de pluie, comme par exemple ces arcs-en-ciel qui se succèdent, mais pour l'instant on n'a pas d'eau. Tant mieux parce qu'on a encore un peu de marche à pied jusqu'au loueur de voiture.


Et dans le jardin devant un bâtiment officiel (le siège du représentant local du gouvernement, je crois), un monument représentant encore le "reimiro" qu'on retrouve sur le drapeau Rapa Nui).


On récupère enfin notre voiture, un mignon petit 4x4 entièrement recouvert d'un beau sticker à la gloire de la compagnie de location et représentant le site de Tongariki (voir plus tard) au soleil levant (j'ai essayé d'avoir une ristourne du fait qu'on faisait de la pub, mais sans réussite). Comme on va avoir demain des visites guidées de quelques sites importants (et touristiques), on décide de se concentrer aujourd'hui sur des zones qu'on ne visitera pas demain, et en particulier toute la côte sud de l'ile qui nous était recommandée dans notre guide. Le premier arrêt n'est pas très loin, le deuxième petit port d'Hanga Roa (Hanga Piko) qui a l'air un tout petit peu plus accessible que l'autre, en particulier il y a un quai et quelques grosses barges de débarquement donc on suppose que c'est là que sont débarquées les marchandises acheminées par cargo.


Il y a là encore un Ahu (Ahu Riata) et sa plate-forme, restaurés à la fin des années 1990. Sur la pelouse devant, une petite flottille de pirogues polynésiennes traditionnelles, un sport aussi très prisé ici. Enfin, traditionnelles... Il y a de la modernité dans ces lignes, de vraies bêtes de course en fait.





La raison pour laquelle on a choisi de se concentrer sur la côte sud, elle est je pense assez bien expliquée sur cette très chouette carte (sur laquelle vous pouvez cliquer pour la voir en plus grand, parce que Google Map n'est pas très doué pour les sites moins touristiques). Partout où il y a une petite statue, il y a un Ahu (et encore, seulement ceux avec des statues, parce qu'il y a aussi des plate-formes sans statues). Les sites les plus connus se comptent quasiment sur les doigts d'une main, et ce sont principalement ceux où les statues ont été relevées. Les autres sont plus confidentiels, et du coup un peu moins faciles à trouver, parce que même si le terrain est assez plat, les routes ne sont pas bien marquées (enfin, les routes... En dehors de la route marquée en rouge, c'est plutôt de la piste, un peu humide/boueuse/caillouteuse...).


"Easter Island map-fr" by Eric Gaba (Sting - fr:Sting) - Own workShorelines, ponds, roads, trails and airport drawn using Landsat 7 ETM+ imagery (public domain);Topography: NASA Shuttle Radar Topography Mission (SRTM3v2) (public domain);Main references used for the toponymy:prof. William Mulloy's map (easier to read here);Pacific Island Travel map (http://www.pacificislandtravel.com/easter_island/about_destin/isla_de_pascua[1].jpg);[1]. Licensed under CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons. 

Le paysage aujourd'hui est particulièrement spectaculaire. Il y a beaucoup de vent et la mer est très en colère, elle se brise sur les falaises de la côte. On est bien loin des lagons paradisiaques, mais personnellement ça me plait bien mieux. Je n'imaginais pas ces paysages ici. C'est une délicieuse surprise. A l'arrière plan, on voit les contreforts du volcan Rano Kao où nous étions hier.


Le premier site qu'on trouve, c'est celui de Hanga Te'e. Ce site comporte une plate-forme avec 8 moais couchés. Comme je l'ai déjà dit, toutes les statues étaient renversées lorsque les Européens sont arrivés, même si les premières descriptions font état de statues encore debout. Et  pourquoi ont-elles été renversées? Eh ben c'est comme tout ici : on ne sait pas. Et donc comme pour tout, il y a plein de théories. Certains disent que c'est suite à des guerres de clans, où chaque clan allait détruire les statues des ancêtres qui donnaient la force à leurs ennemis. Et les clans seraient entrés en guerre pour se disputer les ressources naturelles, qui auraient dramatiquement diminué suite à une absence de gestion raisonnée (en particulier pour le bois, certains disent que les Rapa Nui auraient provoqué leur propre désastre écologique en ne gérant pas leurs ressources). D'autres théories disent que les Moais ont été renversés parce que la religion a changé au passage vers le culte de l'Homme-Oiseau. Certains d'ailleurs avancent que l'arrivée (sanglante) des Européens a accéléré le changement de religion car les habitants n'avaient plus confiance dans le pouvoir protecteur des statues. Bref, si il semble clair que les statues ont bien été volontairement renversées, on ne sait pas vraiment pourquoi.


Et si certains sites ont été "restaurés", et les statues redressées, beaucoup ont été laissés dans l'état. En partie parce que redresser ces statues est difficile et coûteux, mais aussi parce que c'est un témoignage historique (même si on ne sait pas de quoi exactement ça témoigne..). Et je dois dire que ces sites nous ont autant intéressés, touchés, émus, surpris...

A Hanga Te'e, les 8 statues sont renversées face contre terre, certaines se sont brisées au niveau du cou, l'endroit le plus fragile. On dirait qu'elles sont tombés comme à un stand de fête foraine... Il faut se souvenir que ces statues font 8 à 10m de haut et pèsent plusieurs tonnes... Il a fallu les amener là, les hisser, puis les faire tomber, à force d'homme... Comment? Pourquoi? Les pukaos (coiffes) ont roulé au loin, parfois jusque dans la mer où l'un d'entre eux a été repêché. Je n'arrive pas trop à savoir si les traits qu'on y voit sont des vestiges de gravure ou juste des traces du temps..



Le cercle de pierre devant la plate-forme est sans doute un cercle qui servait à des cérémonies en l'honneur des ancêtres.Les Ahu faisaient partie des villages, donc on peut trouver encore (avec beaucoup d'imagination parfois) des vestiges de maison-bateau, de fours, de rampes d'accès à la mer pour petit bateau comme celle reconstruite à Hanga Roa.





Nous sommes seuls sur ces sites, et bien évidemment il n'y a pas de gardes. Il y a quelques panneaux et petites rambardes en bois, incitant les gens à ne pas monter sur les plates-formes et à ne pas toucher les statues. Nous les avons toujours respectés.

2 commentaires:

JJM a dit…

"Comment, pourquoi ?"
Devant ces statues, on ne peut que s'interroger et deux mots tu as bien traduit ce que l'on ressent devant chacun ses sites de l'île de Pâques.
Et devant ces statues, même à terre, on se sent bien petit et très humble. Tu n'es pas prête d'oublier ce voyage !
Cordialement. JJM.

Michel Hugues a dit…

Ce reportage riche et étonnant ne faiblit pas.
J'aime particulièrement les photos où les pieds des statues sont partiellement masqués (2, 3 & 4) on l'impression qu'elles se déplacent en file indienne...