Bon, ce matin il pleut des seaux. On décide donc d'aller au Musée Anthropologique Sebastian Englert, sur la route juste un peu après l'Ahu Tahai. On pourrait presque y aller à pied, si il faisait beau. Bon, si il faisait beau, peut-être qu'on n'irait pas au musée. Et ça serait dommage, parce que cC'est un musée très intéressant et qui fait une bonne introduction à l'histoire de l'ile. En fait il aurait presque fallu commencer par là. Il n'est pas très grand mais bien fait, avec des panneaux explicatifs en espagnol et anglais, et pas mal de statues et objets. En plus aujourd'hui l'entrée est gratuite (je n'ai pas réussi à savoir si c'était lié à la situation actuelle du Parc).

Ci-dessous, une des rares statues de Moai représentant une femme. Celle-ci en plus a une histoire. En 1956 le torse a été découvert à Anakena par une équipe d'archéologues norvégiens (Thor Ayerdahl était certainement encore dans le coup), et ramené en Norvège pour y être exposé. En 1988, une nouvelle équipe a découvert la tête! Et les norvégiens ont gentiment rendu leur morceau pour que la statue complète soit exposée ici.

Et ci-dessous, la reconstitution d'un œil de moai (fragments authentiques), à base de corail blanc et de scories rouges. Il me semble que c'est aussi à Anakena que ces restes ont été découverts.

Enfin, peut-être un des plus grands mystères de l'Ile, qui en compte déjà pourtant pas mal : l'écriture Rongo-Rongo. Nelly nous en a déjà parlé, car elle est très fière de descendre d'un peuple qui, tout seul perdu au milieu de l'océan, a eu l'intelligence d'inventer une écriture. C'est une écriture à base d'idéogramme, trouvée en général sur des planchettes en bois (parfois sculptées comme ici), et qui s'écrivait en "boustrophédon inversé" (challenge : placer ça dans votre prochain diner en ville), c'est à dire que les lignes se lisent alternativement de droite à gauche puis de gauche à droite, mais en plus les signes sont alternativement la "tête" en haut puis la tête en bas. En gros, quand vous arrivez au bout d'une ligne, il faut retourner la tablette pour lire la suivante.

Malheureusement, on ne sait pas ce que ces signes veulent dire... Car ce savoir n'a pas résisté à la colonisation. Déjà, de très nombreuses tablettes ont été détruites (en particulier par des missionnaires qui ont dû y voir des choses pas très chrétiennes), et les dépositaires du savoir (les chefs religieux ou guerriers) font partie de ceux qui sont morts dans les premiers, soit dans les affrontements avec les Européens, soit en exil dans les mines de guano. Toutes les tentatives pour y trouver une explication rationnelle sont jusqu'ici restées vaines... Quel gâchis, quand même.

On se replie ensuite vers la ville, et particulièrement vers l'église (catholique, officiellement). On voit quand même qu'au cours des siècles des arrangements ont finalement pu être trouvé avec la chrétienté. A l'extérieur, l'église est décorée aussi bien par des symboles bibliques que par des représentations des religions traditionnelles (en particulier les symboles liés à l'Homme-oiseau).

On retrouve la même chose à l'intérieur, avec de très belles sculptures en bois quasiment multi-confessionnelles, comme cette magnifique Vierge à l'enfant coiffée d'une représentation de sterne (la sterne, c'est l'oiseau qui pondait l’œuf que devait aller chercher les prétendants au titre de l'Homme-oiseau, donc c'est un oiseau avec un caractère sacré très fort).


Et ce bénitier orné de caractère Rongo Rongo, à côté d'un pilier en bois orné du dieu Make Make (et quand je repense à ce que Nelly m'a expliqué sur le symbolisme de cette représentation, j'avoue que ça me fait bien rire de le voir là).

Les pluies s'atténuent un peu, donc on repart sur les routes, direction la côte nord. En cours de route, un petit aperçu des paysages du centre de l'île. C'est beau hein?


Petite halte à Anakena, ça n'est pas la foule.


Et on s'arrête à nouveau un peu plus loin sur la route.

Il y a des traits bien réguliers dans la roche, mais je ne sais pas trop si c'est un pétroglyphe (en plissant les yeux, on peut imaginer une tortue, mais si, en bas à droite) ou juste des traces d'érosion naturelle. Dans le doute, on n'a pas marché dessus! La mer est toujours assez énervée.

On est plus ou moins dans le coin de Taharoa sur la carte ici, mais je ne suis pas sûre que ça soit exactement là. En fait, on a appris par Nelly puis ce matin au musée qu'il y a plusieurs types d'Ahu sur l'ile : les grandes plate-formes cérémonielles avec les statues, au dessus plat horizontal (Nelly nous a expliqué que les constructeurs utilisaient l'horizon de la mer comme niveau), mais aussi des plate-formes au dessus incurvé comme une coque de bateau (exemple ci-dessous) et même des sites à la forme pyramidale. Du coup maintenant à chaque fois qu'on voit un tas de pierre on se demande si c'est vraiment juste un tas de pierre ou si c'est une plate-forme plus ou moins éboulée. Dans ce dernier cas, il y en a vraiment partout (et je crois que c'est vrai qu'il y en a beaucoup). Même sans statue, les deux dernières formes étaient aussi des sépultures abritant des corps, sans doute de chefs ou de grands guerriers.

On continue la route vers le sud, petit arrêt à un point de vue panoramique avec Tongariki à gauche et le volcan Rano Raraku (celui de la carrière) à droite.

Les chevaux en liberté, c'est sacrément photogénique. En arrière-plan ici à gauche, les statues de la carrière. En fait c'est un peu un problème les chevaux, car ils appartiennent officiellement à des gens (ils ont tous une marque au fer rouge), mais ils ne servent un peu à rien, à part quelques uns qui sont montés par les gars surveillant les troupeaux de vaches. Ils sont lâchés librement dans l'île, ils se reproduisent comme ils veulent, ils meurent aussi un peu partout (on a vu fréquemment des os, et même un cadavre tout neuf, brrr, je vous ai épargné la photo) et ils ne lisent pas bien les panneaux disant qu'il ne faut pas monter sur les plate-formes ou toucher les statues. A Rano Raraku en particulier c'est un problème car c'est une importante route passante pour les troupeaux.


Petit crochet par Rano Raraku, où on décide cette fois de prendre le sentier qui va vers l'intérieur du cratère, où Nelly n'a pas voulu nous emmener hier car elle dit que quand il fait mauvais c'est dangereux. Il faut reconnaitre que le sentier pour monter jusqu'à la brèche qui permet d'entrer dans le cratère n'est pas large, assez escarpé, et très boueux et glissant. On se dit que si on se trouve face à face avec un troupeau de chevaux (ils viennent ici très souvent pour boire dans le lac d'eau douce au milieu du cratère), on va être un peu mal. Heureusement, on n'aura pas été embêté.
Au milieu du cratère donc, il y a un lac. Je ne sais pas si c'est un effet local, mais il y a des très fortes rafales de vent qu'on voit arriver à la surface de l'eau.


Et là aussi sur les pentes du volcans, il y a des statues taillées. On voit bien sur la gauche en haut les "marches" créées par les tailleurs de pierre. C'est hallucinant. Je ne peux pas imaginer que ces statues ont été taillées ici dans l'optique d'être emmenées ailleurs, ça n'a pas de sens. Pourquoi s'embêter à les tailler dans un endroit aussi inaccessible alors qu'il y en a déjà plein à l'extérieur et plein de place pour en tailler d'autres?
On aurait bien aimé marcher un peu plus et se rapprocher, mais d'une part je ne suis pas sûre que ça soit autorisé, et d'autre part après qu'une rafale nous ait quasiment jeté par terre (je n'exagère pas), on se dit que Nelly n'avait peut-être pas complètement tort et qu'il serait plus prudent d'aller voir ailleurs.

Très photogénique, quand même.

2 commentaires:
Pour échapper à une violente averse, je me souviens m'être abrité dans l'église de Hanga Roa. Y a-t-il toujours la statue de Ste-Thérèse ? A 13.500 km de Lisieux, voir cette effigie m'avait vraiment surpris dans une église aussi lointaine et "exotique", où finalement le dieu Maké Maké n'est (peut-être) pas si incongru... Une belle preuve d'œcuménisme.
Entrée libre et photos autorisées : le musée idéal !
Enregistrer un commentaire